Liberté chérie, Liberté honnie, Liberté Charlie

Eduquer, c’est transmettre. Eduquer, c’est accompagner. Faire grandir l’humanité que chacun porte en soi. Si l’école a bien sûr sa part de responsabilité, elle ne peut affronter à elle seule tous les paradoxes de notre société. Le Vivre Ensemble est une pédagogie de chaque instant à tous les niveaux.
D’ « Ich bin ein Berliner » au « Je suis Charlie » notre attachement à la Liberté continue sa marche. Saurons-nous l’affirmer avec dignité et le vivre dans la fraternité ?

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Mercredi 7 janvier, j’ai appris l’exécution de 12 citoyens français par la dernière de mes filles qui rentrait de l’école. Il était 15h30, elle a ouvert la porte et s’est jeté dans mes bras en sanglotant. J’ai entendu ses mots entre deux larmes « je voulais que tu viennes me chercher…. L’attentat….j’avais peur…je voulais pas prendre le métro… 12 morts… » Son collège est à coté de Bastille. Cela devait faire des heures qu’elle voyait des cortèges d’ambulances, pompiers et voitures de police, et entendait des sirènes.

Glacée, je me suis scotchée sur les infos. Je voulais saisir l’essentiel pour lui expliquer et la rassurer. Sauf qu’il n’y avait rien à expliquer à part la vengeance et l’intolérance. Qu’il n’y avait rien de rassurant dans ce bruit de guerre. Je la regardai au creux de mes bras et pensai « Où va t-on ? Quel monde pour eux demain ? Quel devenir leur laisse t-on ? »

Il y’ a eu la suite. Cette tension nationale, cette solidarité internationale, la violence, la mort encore. Et cette marche formidable.mandela-liberte-vivre-et-respecter-liberte-des-autres-

Quand le désir de toute-puissance, ontologiquement humain, déshumanise

En rejoignant la place de la République mercredi soir, je ne pouvais me détacher de cette question « Pour qui se prennent-ils, en disposant ainsi de la vie ? » « Sont-ils humains ? »
D’où vient cette perte d’humanité collective ? Car il ne s’agit pas de quelques tarés sans repère, en liberté. Il s’agit d’une organisation, avec d’autres repères. D’êtres humains sous l’oriflamme de la toute-puissance. Et le désir de toute-puissance permet tout. Sans foi ni loi, il surgit de La Bête.

Ce tabou de la Bête

Cette Bête que nous avons tous en nous. Ce désir de puissance, ce besoin d’exister qui nous pousse à dominer, chacun de nous le porte au fond de sa condition humaine. Il nous faut l’admettre. Présent, ontologique, il ne peut être allégé que par la culture, la créativité, la transmission de valeurs humaines, l’éducation. Au sens large.
Eduquer, c’est construire.rendez-a-la-bete-ce-qui-est-a-la-bete-a-dieu-ce-qui-est-a-dieu-je-suis-charlie-dualite-homme

Nos institutions éducatives sont-elles en faute ?

Quand les infos ont parlé de deux frères, j’ai immédiatement songé aux parents, au possible effroi des parents ; qu’est-ce qui n’a pas marché dans la transmission de l’humanité ? Où est le manque ? Puis on a appris qu’ils n’avaient pas de parents… Orphelins très jeunes, ils ont été placés en foyers. Cahin caha à l’école. Alors, je me demande comment cela se passe t-il dans les foyers ? Y’a t-il une volonté éducative, des directions clairement humanisantes, une cohérence appliquée entre les discours, les conduites des enfants et des adultes, les moyens alloués ? Un éveil des consciences ?
Ou le devenir d’un enfant est-il abandonné au hasard d’une rencontre ? Rencontre avec un bon éducateur si l’enfant a de la chance, ou absence de relation édifiante ? Les laisse t-on sciemment sur le bas coté, ces enfants de la République, ces « pupilles de la Nation » ?

Je sais bien qu’on ne peut pas prétendre tout expliquer, qu’il serait honteusement simpliste d’affirmer « pas de parents, pas de perfectionnement ». Mais ce qui me froisse, c’est ce parcours entre foyers et prisons. Deux institutions républicaines ont engendré des criminels (Voir ci dessous la video : Enquête sur l’Aide Sociale à l’Enfance d’Alexandra Riguet et Pauline Legrand).
Dans quelle mesure ne les ont-elles pas fabriqués ? L’homme, être de relation, a besoin d’appartenance. Si le système ne lui en offre pas d’adaptées, s’il se sent exclu, rejeté, il s’en créera. Parfois les pires.
L’homme a besoin d’idéal. Notre société est-elle devenue si pauvre, notre monde si étriqué pour fournir ainsi les rangs de la barbarie ?

Liberté, j’écris ton nom

Je reviens à cette marche de dimanche. Je n’entrerai pas dans le débat politique. On entend ici ou là des interrogations sur la participation légitime ou non de certains. Tout cela contribue à donner du sens à nos actes et c’est bien.

D’où j’étais, en famille, l’ambiance était extraordinaire. La cohésion du groupe, impressionnante. Il n’y avait aucune étiquette politique, aucune revendication quelconque. Nulle part. Il n’y avait que des gens. Des êtres humains, vous, moi, de tous les âges, de toutes les cultures, de tous les looks. Et chacun, avec son histoire, sa mémoire, sa culture marchait pour un idéal, un changement de monde, motivé par ses valeurs humaines, énergisé par la volonté de leur donner corps. Lucides, aussi. Car entre les sourires, les blagues, les pancartes hilarantes, les applaudissements, tout le monde avançait, conscient que l’heure était grave.

Quand il s’agit de Liberté, c’est toujours grave.Liberte - #Parisattacks-#JeSuisCharlie
La liberté est grave car elle est respect.
La Liberté est grave car elle est variée.
La Liberté est grave car elle est intériorité.
La liberté est grave car elle est Fraternité.
La Liberté est grave car elle est Fidélité
Enfin, la liberté est grave car elle est Humanité
Ce n’est pas un hasard si les pourfendeurs de la Liberté ont perdu le respect de la vie, la diversité des points de vue, la nécessaire introspection qui nous ouvre les portes de la tolérance ; ils n’ont gardé de « frères » que l’appellation initiée d’un groupuscule, et trahissent leur humanité en assassinant les « infidèles ».

N’enfermons pas notre lutte pour la Liberté dans des geôles idéologiques où la Fraternité se fait tabasser par une armée de « petits arrangements ». L’égalité est au cachot, isolée depuis longtemps dans les sous sol d’une pyramide mandarinale.lumieres-fenetre-Paris-V.Hugo-citation-pour-attentats-Paris-#attacksParis

L’urgence de discerner nos idolâtries frauduleuses

Notre siècle commence. Il est à inventer.
Toute la créativité et la solidarité qui se lèvent en ce moment nous dit que c’est possible.

Cette énergie est à utiliser pour laisser à nos enfants un monde de paix. Une paix à établir d’abord avec soi même pour qu’elle puisse se diffuser vers les autres.
Nous pouvons tous agir. Il nous reste à retrousser nos manches, à affronter nos paradoxes et ceux de notre société.
Ne pas tomber dans la Terreur, période sombre de notre histoire née sous le ralliement de Saint Just « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » Et la bête est sortie de nos idolâtries frauduleuses.
La Liberté est Responsabilité.

Nous sommes tous responsable

Chacun peut le faire, dans son quotidien. Mettre en pratique ce monde solidaire auquel nous aspirons, vers lequel nous avons marché. Etablir une cohérence entre nos discours et nos actes. Poser des gestes, des actes responsables et humanisant. Pas besoin de circulaires pour dire bonjour à son voisin, au chauffeur de bus, sourire à la caissière, prendre son repas en famille, faire un câlin à son enfant, ne pas s’écharper à l’achat d’un fanzine,,, L’école ne peut pas tout. C’est ensemble que nous pouvons. L’homme est un être de valeurs qui aspire à les vivre. Au-delà du discours, chacun peut agir individuellement et développer cette congruence. Nos petites complicités avec nos parts d’ombre participent à la violence générale.

Ne-laissons-pas-tuer-nos-reves-de-liberte-je-suis-charlie-11-01-15Un devoir d’intégrité

La Liberté, c’est peut-être avant tout l’intégrité.
Et cette valeur là semble bien en déshérence dans notre humanité tremblante… Oui, nous sommes tous responsables. Des enfants de la République Française ont tué froidement des enfants de la République Française. Des hommes ont assassiné leurs frères. Trois garants de l’Etat sont morts. Black, Blanc, Beur.
Ne laissons pas monter la Bête… Eduquer, c’est conduire au-delà de la Bête, accompagner nos enfants vers leur humanité.

15 nov. 2015
L’horreur des derniers évènements nous montre que notre humanité n’est pas acquise. Elle est davantage un trésor que nous pouvons dévoyer ou célébrer. Détruire ou construire. Nous avons le choix, c’est notre liberté. Allumons nos étoiles. De bouleversants témoignages illuminent la Toile et fêtent l’Amour + fort que la haine. Merci à eux de magnifier ainsi la Vie et notre humanité.

Laure de Balincourt

#PrayForParis
#JesuisCharlie
#JesuisResponsable

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Pour en savoir plus :

Enquête sur l’Aide Sociale à l’Enfance et cet univers opaque où la loi du silence règne. Pendant deux ans, les journalistes Alexandra Riguet et Pauline Legrand ont cherché à comprendre ce système et ses problèmes :

 

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