La légende de Pygmalion

Dans ses Métamorphoses, Ovide raconte la légende de Pygmalion, sculpteur de Chypre.

Révolté contre les femmes qu’il estimait dissolues et courtisanes, entièrement tourné vers son art, Pygmalion vivait dans son monde peuplé de statues et vénérait la déesse Aphrodite. A la recherche de la femme idéale qu’il ne pouvait trouver dans le monde réel, il entreprit de la créer. Parvenu à ses fins, il trouva sa femme imaginaire si sublime qu’il en tomba éperdument amoureux. Tellement séduit et convaincu par sa statue, Pygmalion lui fit sa cour et en prit grand soin comme si elle était de chair, oubliant qu’elle était de pierre. Dans sa prévenance insensée, il se persuadait qu’elle était humaine.

Aphrodite, touchée par tant d’amour et de dévotion, et sans doute malicieuse, donna vie à sa statue.

C’est ainsi que la perception de Pygmalion envers Galatée se transforma en réalité.

Pygmalion-et-Galatee-par-JLGerome-Effet-pygmalion-apprentissage

Pygmalion et Galatée
Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
Métropolitan Museum of Art

Georges Bernard Shaw s’inspira de ce mythe pour écrire sa pièce « Pygmalion », vive critique du respect inné accordé à la classe aisée.
Rosenthal et Jacobson nommèrent ainsi cet effet psychologique, selon lequel un sujet répondrait conformément aux attentes et préjugés.

Nos attentes préfigurent un résultat

On appelle donc « effet pygmalion » l’effet selon lequel nos croyances, nos prédictions, nos attentes, notre relation affective, nos préjugés posés sur une personne vont peser si fortement, qu’ils vont devenir réalité.

Cet effet est aussi appelé « Rosenthal » du nom du psychologue et professeur Rosenthal. Avec Lenore Jacobson, directrice d’école, ils ont découvert et travaillé sur cet effet pygmalion en milieu scolaire et ont publié leur expérience désormais connue dans le monde pédagogique.

Cette expérience souligne qu’ au cours de l’apprentissage, le rôle des attentes et préjugés des enseignants sur les résultats des étudiants engagent fortement leurs résultats.

L’influence des prévisions en milieu scolaire

Si les enseignants attendent de bons résultats, développent une bonne relation et sont confiants dans l’évolution de leurs élèves, ces derniers réussiront beaucoup mieux que si les enseignants ne croient pas en eux. Soulignons que les enseignants ne sont pas forcément conscients des différences de comportements qu’ils opèrent en fonction des élèves.
Cet effet, résultat des mécanismes de projection, est tout aussi pertinent dans les rapports de travail ou en milieu familial.

 

 

4 commentaires

  1. Marrier Puricelli

    Merci pour ce très bel article, parfaitement référencé. J’espère que l’on apprend cela aux enseignants ! ?

    • Bonjour Marrier, et merci !
      J’ai croisé beaucoup d’enseignants qui ignorent cette étude, d’autres en sont parfaitement conscients. Je n’ai pas l’impression que ce soit clairement au programme de leur formation mais je ne suis pas enseignante à l’Education Nationale. Je laisse donc ceux de passage sur nos pages avoir la gentillesse de vous répondre.
      Bonne journée et à bientôt,
      Laure

  2. Je pratique l’effet Pygmalion à forte dose dans mes classes ! Je ne dirais pas que ça marche avec absolument tout le monde, mais en tout cas avec beaucoup. Et les effets peuvent en être parfois bluffant. Mais je le pratiquais avant de le connaître, peut-être est-ce alors aussi une question de caractère ? Certains élèves cherchent et ont besoin d’adversité. Comment appelle-t-on cette méthode pédagogique ?
    http://leonbellevalle.blog.lemonde.fr/2015/02/22/leffet-pygmalion/

    • Bonjour Léon,
      Bravo à vous alors pour le pratiquer avec autant d’évidence dans vos classes ! Effectivement, cela peut s’ajuster de manière plus intuitive à certains tempéraments. Pour d’autres, il faudra passer par une phase d’apprentissage.
      Quand vous dîtes « Certains élèves cherchent et ont besoin d’adversité », je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de méthode pédagogique. En tout cas, je ne la connais pas. Je dirai plutôt que dans leur processus identitaire, dans leurs besoins de reconnaissance et de valorisation, ils se situent davantage dans une démarche conflictuelle. Ce qui peut être lié à plein de choses différentes selon leur histoire, leur mémoire, leur éducation,,, Et chacun de nous étant unique, les mêmes expériences ne produisent pas forcément les mêmes effets. Toute la difficulté et la grandeur de votre métier, non ? ;-)
      A bientôt,
      Laure

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