Plus on comprend, moins on juge

Par « communication » on pourrait entendre toutes ces ficelles et techniques qui permettent manipulations et dominations. Marshall Rosenberg, élève de Carl Rogers, propose à l’inverse, par la Communication NonViolente (appelée communément CNV) un mode de communication authentique, précis, respectueux.

La Communication NonViolente s’appuie sur la compréhension. Compréhension de soi comme compréhension de l’autre. Bonne nouvelle, car plus on comprend moins on juge !

Un monde binaire et pyramidal engendre la violence

Pour Marshall Rosenberg, la communication aliénante, semée d’impératifs, de jugements moralisateurs, de comparaisons, d’irresponsabilités, est issue d’un langage du jugement appris au sein de nos sociétés qui cultivent la performance, la compétition et les étiquettes « Bon » ou « Mauvais ». Eduqués dans ce langage binaire de la domination/soumission, conditionnés à dresser des murs dans nos relations, nous manions avec virtuosité un langage générateur de malveillance, suspicion, violence, tyrannie et rapports de force. Un langage de prédateur.

Or ce n’est pas naturel. En se penchant sur la bienveillance naturelle de l’homme (Loup Blanc) qui appelle une éthique de la responsabilité, de la sollicitude, de la compassion, le langage peut être également un langage CREATEUR, vecteur d’égalité et de liberté.

Rien ne se fait sans éveil. Ce langage créateur demande une prise de conscience de notre identité, de nos perceptions, de nos émotions, de nos désirs.Communication NonViolente-Perceptions

La conscience de soi comme socle de la conscience de l’altérité

La conscience de notre singularité allume la conscience de l’altérité. Autrement dit la reconnaissance de soi amène la reconnaissance de l’autre. Jean-Michel Oughourlian, pape de la « psychologie interdividuelle » écrit cette très belle phrase « les êtres humains s’engendrent mutuellement non seulement sur le plan génétique mais aussi sur le plan psychologique, le moi étant pétri d’altérité tout au long de son histoire et constitué comme un patchwork de toutes les altérités intégrées ». C’est ainsi que la violence engendre la violence, qu’un mur en appelle un autre comme un sourire en dessine un autre.Communication NonViolente-Richesse de la différence

Comment rompre avec le langage aliénant du jugement ?

Le processus de la Communication NonViolente, en 4 étapes, nous amène à rompre avec le conditionnement du langage du jugement.
Art du dialogue fondé sur l’empathie, qualité éminemment humaine, ce processus nous invite à renouer avec notre vulnérabilité humaine : associer corps, cœur, esprit dans une maîtrise de l’attention, dirigée sur soi autant que sur l’autre.
A l’inverse du rapport dominant/dominé, la Communication NonViolente sollicite la reconnaissance et l’expression de nos fragilités et attentes.

Outil de compréhension et de paix, la Communication NonViolente s’apprend très bien !

En voici les 4 étapes :

1- OBSERVATION

Que ce soit positif ou négatif, tout part d’une situation. Il s’agit dans cette étape de porter toute son attention sur la situation et d’observer précisément le FAIT, contextualisé.
L’observation demande d’être précis dans le temps, contrairement à l’évaluation qui généralise.

Ex : « Tu ne travailles pas suffisamment » (évaluation )/ « Cette semaine, je t’ai vu travailler une demi-heure par jour » (observation)

2- RESSENTI

Cette situation amène un ressenti, un Etat Interne (émotion / sentiment). Je réagis à cette attitude ou ces mots par une émotion.

Bien noter qu’un Etat Interne est différent d’un Etat d’Esprit !
Autrement dit, ce que je pense n’est pas ce que je ressens. Mes pensées sont des interprétations mentales dépendantes de ma carte du monde ; en fonction de ma culture, de mon éducation, de mon histoire, de mes croyances, de mes critères, de mes valeurs, j’interprète tel geste, tel mot, telle situation; Je me dis que… Et ce que je pense entraîne ce que je ressens.
Or la carte du monde de mon –ou mes- interlocuteur(s) est forcément différente de la mienne puisque chacun est unique. Cette perception de la situation m’est donc propre. L’ado qui laisse traîner ses affaires partout dans la maison n’a pas la même perception de l’univers familial que vous.

Mettre le mot exact sur ce que l’on ressent face à une situation, à la première personne du singulier, permet de scinder le facteur déclenchant, de la personne. De situer chaque élément. C’est une démarche exigeante et pas facile, facile ! Je le constate à chaque stage du Parcours du Loup Blanc, la CNV étant intégrée dans le Parcours.
La négation des émotions et la confusion du langage entraînent généralités floues (« c’est cool », « c’est nul ») et amalgames entre pensées et sentiments.Communication NonViolente-Exprimer son ressenti

Une pensée est un choix, non la vérité

L’abus du verbe sentir dans notre langage courant induit cette confusion. « Je sens que je me suis fait avoir » n’a rien d’un ressenti ; c’est une pensée. Il est plus juste de dire « Je pense que je me suis fait avoir ». Le ressenti engendré par cette pensée sera généralement autour de l’énervement…(irrité/contrarié/énervé/en colère ?). Oui, mais… Une pensée est une construction mentale. Pas la réalité. Ce n’est pas parce que vous pensez ça par rapport à telle situation que c’est la réalité de la situation. Chacun est libre de changer de point de vue, de les élargir. Ou pas. Très souvent on fusionne avec ses pensées, leur donnant une réalité illégitime. Une pensée est un choix. Plus je m’ouvre à d’autres possibilités d’interprétations, plus j’agrandis le champ de possibles dans ma relation à l’autre en lui laissant de la place. En revanche, plus je me cramponne à mon système de pensées dans une position autocentrée, moins je laisse de place à l’autre, à sa différence, et cette rigidité amène la violence.
Ma pensée signe bien souvent mon attitude inclusive ou exclusive et j’en suis responsable. J’ai le choix. Cette liberté s’apprend.

Clarifier son Etat Interne permet d’autonomiser chaque élément, de prendre ses responsabilités et passer plus sereinement à l’étape 3.

3- BESOINS

Comme on l’a vu dans différents articles précédents, l’homme est un être de besoins. A distinguer des envies, caprices, ou même des désirs. Ces besoins sont source de vitalité chez tous les êtres humains. Abraham Maslow l’explique très bien à travers sa pyramide. La négation de ces besoins entraîne une dévitalité, voire la mort.
La satisfaction de ces besoins élève l’homme dans la réalisation de son humanité.

Si ces besoins sont les mêmes pour tout homme, chacun trace son propre chemin à travers les différents niveaux selon les méandres de la vie. Aussi notre besoin satisfait ou non satisfait ne se devine pas !
C’est souvent toute la difficulté de la communication car on pense « ben oui, ben c’est évident, il, elle aurait pu deviner quand même ! » Sauf que, souvenez-vous, une situation n’entraîne pas forcément la même interprétation, donc pas le même ressenti, qui ne guide pas vers le même besoin. Eh, ben oui ! Dur dur de communiquer !

Par exemple, quand vous voyez votre enfant sauter dans la flaque d’eau alors que vous vous rendez au déjeuner familial dominical, vous vous sentez particulièrement irrité parce que ….

  • Il va arriver tout sale alors que vous aviez tout préparé impeccablement.
    Besoin de reconnaissance ? de respect ? d’appartenance ?
  • Cela va vous mettre en retard alors que pour vous la ponctualité est importante.
    Besoin de respect ? de sécurité ?
  • Vous lui aviez bien dit que, que, que….
    Besoin d’être écouté ? aimé ?

Il y’ a multiplicité de combinaisons possibles et c’est à chacun de discerner la sienne.
Cette distinction et cette clarification permettent la RESPONSABILITE et l’EMPATHIE.

Comment ?

Si vous dîtes à votre ado « Tu ne fais jamais ce que je te demande », il balaiera la critique, d’un haussement d’épaule ou d’une riposte.
Agressivité ou malaise répondent aux reproches et messages culpabilisateurs ; soit je rejette la faute sur l’autre, soit je me juge fautif et je baisse dans ma propre estime. Tout ça, c’est pas bon pour la planète ! ;-)Marshall Rosenberg - Communication NonViolente

Admettre sa vulnérabilité, c’est s’autoriser à la dépasser

Quand vous direz à votre ado (ou votre parent, votre conjoint,,,) «  j’ai besoin d’être écouté » ou « j’ai besoin d’être rassuré », le fait de montrer votre vulnérabilité éveille l’empathie.
Sauf pathologies graves, l’empathie est une qualité largement partagée et permet une relation apaisée et respectueuse.

Notre société du contrôle, de la perfection, de la rivalité nous empêche d’exprimer notre vulnérabilité humaine ; le ciment des murs que nous dressons dans nos relations est la peur. Toutes les peurs sont conviées à l’édification des murs : peur de ne pas être aimé, peur d’être rejeté, abandonné, méprisé, humilié, peur du ridicule, peur de se faire avoir, peur de perdre ceci ou cela, ,,,
Se laisser gouverner par ses peurs, c’est verrouiller les portes de la sincérité. A soi. A l’autre. Au monde. Tout être humain a des peurs. Des p’tites peurs, des grandes peurs, des peurs fondamentales. Les admettre ou les refuser, les transformer ou les ignorer, c’est un chemin d’emprisonnement ou de réalisation de soi.
La relation vers l’autre peut être vécue comme un risque car partager c’est s’exposer.
Chacun a le choix de construire un monde alimenté par la peur. Ou l’espérance.Communication NonViolente - Murs de la peur

4- DEMANDE

Par rapport à cette situation contextualisée, ce qu’elle éveille comme ressenti chez vous, le –ou les- besoins non satisfaits, vous exprimez une demande claire, dans un langage d’action, à la forme positive.
Ce que vous voulez plutôt que ce que vous ne voulez pas. La négation induit le résultat non désiré.

Il est important que cette demande soit parfaitement explicite, exprimée dans un langage sincère, prenant en compte votre interlocuteur, et claire sur l’objectif à atteindre.
Pour s’assurer d’une bonne compréhension et d’un accord mutuel, vous vous assurerez de la bonne réception de votre message, ce qui permettra parfois des ajustements et d’éviter tout malentendu ou quiproquo.

Bannissez tout impératif, autoritarisme, suspicion., à priori, préjugés. Une demande n’est pas une exigence.
Nier ses responsabilités, comparer, ordonner, porter des jugements moralisateurs sur autrui conduit l’absence de fraternité du monde.

Privilégiez la présence, l’écoute, l’attention.

Ainsi, « Tu ne fous rien, t’auras jamais ton bac » n’éveillera absolument pas la moindre vélléité de se mettre au travail.

Alors que « Quand je te vois travailler une demi-heure par jour, je me sens inquiet(e) pour la réussite de ton bac. J’ai besoin d’être rassuré (e), je voudrais que tu travailles de 18h30 à 20h chaque jour. Es-tu d’accord ? » sera certainement plus fécond…

« Tout violence émane d’un mode de pensée qui attribue la cause du conflit aux torts de l’adversaire et à l’incapacité de reconnaître sa propre vulnérabilité ou celle de l’autre » explique Marshall Rosenberg.
Et il ajoute « Lorsque nous exerçons une violence intérieure à notre propre égard, il est difficile d’éprouver une bienveillance véritable vis-à-vis des autres. L’évaluation que nous faisons de nous-mêmes, instant par instant, est un domaine important où nous pouvons remplacer la violence par de la compassion. La manière dont nous avons été conditionnés à nous évaluer nous conduit souvent à nous haïr nous-mêmes plutôt qu’à apprendre et faire les choix qui nous seront bénéfiques. »

L’importance de l’éducation, de la transmission, de la conscience de soi et de l’estime de soi… Et quand vous communiquez, posez vous la question de votre intention; Voulez-vous avoir raison ou voulez-vous approfondir le lien ?

La Communication NonViolente commence par soi, le lien de soi à soi.
L’absence de communication avec soi entraîne l’absence de communication avec les autres, la qualité de connection à soi engage la vérité de connection à l’autre.

Posted by Laure de Balincourt, fondatrice du Parcours du Loup Blanc

Vous avez entre 15 et 30 ans ?

 

A lire : « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » par Marshall Rosenberg

Les mots sont des fenêtres par Marshall Rosenberg

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