Lâcher prise ou cesser la lutte.

Quotidiennement, nous désirons obtenir, posséder, gagner, contrôler, décider, convaincre,,, Des choses, des lieux, des projets, des gens aussi.
Le lâcher-prise est cette discipline qui nous aide à discerner la futilité de certaines luttes, abandonner l’idée de démontrer (prouver qu’on est capable, qu’on va réussir, qu’on a raison…), renoncer à plaire à tout prix. Cet abandon nous permet d’accepter la situation ou les évènements comme ils sont là, maintenant. Cette acceptation n’est pas une résignation. Elle n’est pas une injonction à ne rien faire.  Elle est une invitation à traverser, « faire » autrement, avec nos ressources et la conscience de nos limites. Cette acceptation sereine ouvre l’esprit et permet de trouver des solutions.
L’impermanence des choses de la vie sollicite des changements permanents; le lâcher prise s’appuie sur un apprentissage de soi, dans une démarche d’évolutions constantes et de remises en cause de nos attentes et de nos pensées.

Le lâcher-prise est donc une manière de cesser la lutte, arrêter des résistances stériles et dégager un renouveau.
Lâcher-prise appartient au club très sélect des outils ouvrant les portes de la Liberté !

Hermann-Hesse-lacher-prise

L comme LUCIDE

Lâcher prise appelle une lucidité sur soi. Nos réactions émotionnelles, nos peurs, nos croyances, nos perceptions, nos pensées instaurent des schémas de répétitions, difficiles à rompre tant que nous n’en sommes pas conscients.
La vie nous promène de deuils en deuils, qu’ils soient matériels, affectifs, professionnels. Or, souvent la peur de perdre ce que nous croyons acquis nous pousse à des crispations qui nous mènent droit vers l’épuisement ou le conflit. La vie est métamorphose et nos deuils en sont un terrain fertile.
Si nos émotions douloureuses ou nos pensées négatives gouvernent nos relations, c’est souvent notre propre fixation sur des convictions destructrices ou le poids de nos attentes, qui nous enferme. C’est en comprenant mon chaos intérieur que je peux l’ordonner.
Tout changement sur soi ne peut s’opérer qu’à partir d’un regard lucide sur notre fonctionnement. Cette lucidité nous aide à discerner nos espaces de progression. Ce recul permet ainsi une action plus généreuse, des réponses plus inventives que celles engendrées par un trop plein d’émotions négatives.

Exercice : Discernez un problème qui vous entrave et notez-le

A comme ACCEPTATION

Lâcher prise demande une acceptation fondamentale: accepter sa condition humaine. C’est à dire son incomplétude, son état de manque originel, sa blessure ontologique.
Accepter sa vulnérabilité, ses fragilités, ses erreurs, ses paradoxes ou sa banalité, nous ouvre à une meilleure acceptation des limites de l’autre. Ce qui ne veut pas dire accepter tout et n’importe quoi, mais plutôt renoncer à un état d’omnipotence enfantine. Je peux, par exemple, accepter les limites d’une personne face à telle ou telle situation et tenter de construire alors une relation adaptée, respectueuse de l’équilibre de chacun. Je peux aussi choisir en toute conscience de mettre un terme à une discussion / une relation / un projet. Ou pas.
Accepter une situation permet de la traverser. C’est une clé essentielle du lâcher-prise. Et si je ne peux accepter ce qui se passe à l’extérieur, il est important d’accepter ce qui se passe à l’intérieur de moi, d’admettre ce que je ressens. Je ressens de la colère ? ok. Je me sens triste ? ok. En reconnaissant votre émotion, vous l’autorisez à être, et donc à se transformer.
Le lâcher-prise favorise donc une action libre au détriment d’une réaction.

Ex : Que ressentez-vous par rapport à cette situation ? Notez précisément et acceptez vos émotions négatives. Elle sont là.
Quelles sont vos attentes par rapport à cette situation ? De qui, de quoi, viennent-elles ?

C comme CONFIANCE

« Je ne te connais pas, tu me fais peur…Tu as tout de moi, sauf ma confiance » écrit Colette (L’Envers du music-hall). Dans cette phrase, le « tu » peux signifier l’autre autant que « moi ».
Plus la confiance est solide, plus l’acceptation de transformer est possible. Que ce soit confiance en la vie, en l’avenir, en l’homme, en autrui, en soi.
A l’inverse, si je me laisse habiter par un sentiment de défiance permanent, je ne cesserai de vouloir maîtriser, contrôler. Cette crispation peureuse et destructrice nous maintient dans une captivité égotique aux apparences sécuritaires trompeuses; Elle nous plonge dans une frustration profonde, voire chronique. L’être humain est ainsi fait : il se sent menacé, il surveille ; il se sent apaisé, il lâche. La confiance en soi nous affranchit des jugements malveillants, qu’ils viennent de l’extérieur comme de soi-même.
La négativité est toxique; elle enchaîne. Que ce soit au niveau des pensées, comme des sentiments. La méfiance systématique brouille la pensée et altère la relation. Or, bien souvent, la confiance est une meilleure réponse à notre besoin de sécurité et d’amour, car « qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint » disait Montaigne. Les idées sont parfois si fortes qu’ « on peut très bien se haïr et désirer logiquement se tuer, pour l’idée qu’on se fait de l’autre et non pas pour la connaissance que l’on en a. A cet instant, on échappe aux mécanismes régulateurs de la nature et l’on devient complètement soumis au monde qu’on crée » écrit Boris Cyrulnik.
Croire à l’agrandissement du champ des possibles et distinguer les idées des faits nous aide à lâcher-prise.

Ex : Quelle peur avez-vous par rapport à cette situation ? Ne luttez pas. Notez.

Guy-Finley-citation-lâcher-prise

H comme HARMONIE

Dans l’acceptation de la situation que demande le lâcher-prise, je me situe au Présent. Libéré des peurs du passé comme des attentes de l’avenir, le présent se donne comme un espace de calme et de paix intérieure.
Face aux situations difficiles, à la menace, aux conflits, je peux intensifier mon état de conscience pour les affronter. Notre capacité à être présent se développe dans notre aptitude à observer nos pensées et nos émotions. L’observation de cette activité mentale me donne paradoxalement la mesure de la rareté de ces moments présents et silencieux pendant lesquels je me sens vraiment bien. Et cette conscience là me révèle aussi mes résistances (jugements, projections, identifications, insatisfactions) au lâcher prise.
La pleine conscience du présent me libère de la comparaison lancinante et désastreuse entre « ce qui est » et « ce qui devrait être », « ce qui devrait être » étant une vision idéalisée et projetée. Cette idée, construite, de « ce qui devrait être » me situe dans un état contradictoire. Cette comparaison génère un état conflictuel. En situant ma conscience dans le présent, en observant « ce qui est », je lâche peu à peu cette habitude de comparaison entre ce que je vis et l’idéalisation de « ce que je devrais vivre ».
En développant cette capacité d’attention, je cultive mon harmonie intérieure, fruit du lâcher-prise.
Le ressassement d’une situation stressante et conflictuelle empêche l’expression de notre créativité, alors que nous en aurions besoin pour trouver des solutions.
« Garder son centre de décision permet de répondre de façon inventive à la pression de l’extérieur «  dit Anselm Grün.

Ex : Dans la situation choisie plus haut, portez toute votre attention sur votre corps, vos sensations physiques, votre respiration et observez passer vos pensées et vos émotions. Considérez les sans les évaluer.

E comme ECHO

Si le lâcher-prise s’avère parfois difficile, c’est souvent parce que la situation conflictuelle fait écho à une de nos blessures.
La douleur vécue peut être si grande que l’élaboration de différentes stratégies (souvent inconscientes) visant à l’éloigner, s’enchevêtrent. Ces stratégies parfois complexes ne sont que des remparts bâtis sur du sable ; le moindre coup de butoir déstabilise cette édification.
Tant que l’évènement originel demeure opaque, nous ne pouvons nous situer dans un agir conscient mais plutôt dans un réactionnel.
Le réactionnel nous amène à répéter des comportements inadaptés et récolter les mêmes résultats délétères.
Se donner la capacité d’interrompre ces répétitions, travailler sur ces échos, toucher sa vérité, c’est ça aussi s’ouvrir au lâcher-prise. La conscience de nos blessures éclaircit nos transformations intérieures. Souvenez vous que la perle de l’huître se forme autour d’une lésion. Ainsi la connaissance de soi constitue la pierre d’angle du lâcher-prise. Acquérir une posture juste libère du poids de l’imposture.
« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’expose à ce qu’elle recommence » – Elie Wiesel

Ex : A quelle peur vous renvoie celle notée plus haut ? Quels sont vos points de résistance ?

Montaigne-qui-craint-de-souffrir-souffre-deja-de-ce-qu-il-craint

R comme RENAISSANCE

« Nous sommes de drôles de zèbres. D’une part, chacun prétend se préoccuper de son évolution et de son épanouissement, et d’autre part, aucun de nous ne veut admettre qu’il peut se tromper; Voilà bien une contradiction débilitante. Si nous avons toujours raison, ou si nous avons toujours peur de nous tromper, que nous reste-t-il à apprendre ? Nous sommes secrètement convaincus de tout savoir. C’est là un grave problème si nous voulons vraiment nous libérer, car la vraie liberté est proportionnelle à ce que nous sommes disposés à découvrir sur nous-mêmes. » Guy Finley

S’autoriser à se découvrir, en abandonnant nos faux enseignements, nos certitudes erronées, nos peurs, nos négations, nos culpabilités, nos regrets, nos remords, nos soupçons, nos arrangements… c’est se permettre de naître et renaître.  Un renouveau ne peut venir qu’en abandonnant celui – ou celle – que j’ai été(e) aux différents moments de ma vie. C’est le principe de l’évolution et de l’apprentissage.
En reliant les étapes de notre vie, nous pouvons les considérer comme un engrais plutôt que comme un obstacle figé. Le lâcher-prise nous aide à abandonner nos masques et naître à notre vérité, sans, pour autant, faire table rase de notre passé. Le passé ne peut s’effacer mais il peut servir notre présent au lieu de l’asservir. En acceptant de rassembler tout ce qui est en nous, on accède à notre unité intérieure. Dans l’intégration de notre histoire, nous découvrons notre intégrité. Notre avenir n’en sera que plus ouvert. Une véritable renaissance !

Ex : Dans votre situation choisie, que voulez-vous ?
quelles seraient maintenant vos nouvelles possibilités pour agir en ce sens ? Qu’acceptez-vous de perdre ?

Lâcher prise, c’est cesser la lutte. Accepter pour mieux traverser. Traverser pour transformer. Et ainsi utiliser sa liberté au profit de son intégrité et de sa dignité.

Posted by : Laure de Balincourt (fondatrice du Parcours du Loup Blanc)

Vous avez entre 15 et 30 ans ?
Bibliographie :
« Lâcher prise » – Guy Finley, coll. Pocket Evolution
« Vivre et lâcher prise » – Guy Finley,coll. Pocket Evolution
« L’art du calme intérieur » – Eckhart Tolle, coll. J’ai Lu
« Dialogue sur la nature humaine » par Boris Cyrulnik et Edgar Morin aux editions de l’Aube
« Se libérer du connu » – Krishnamurti, Le Livre de Poche

2 commentaires

  1. Ansieau Hubert

    Bonjour Laure,
    merci de m’adresser tes propositions très intéressantes sur le
    parcours du Loup Blanc.
    A quand une session de lâcher-prise pour les seniors ?
    Hubert

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