Ils sont 5 amis. 5 copains, de 23 à 25 ans, qui partent à vélo faire le tour du monde pendant 3 ans. Défis, partage, solidarité, enthousiasme, aventure, curiosité, amitié, leur histoire nous interpelle; elle éveille la force du rêve.

Le rêve comme source première de motivation et la persévérance comme signature. Morgan Monchaud, Siphay Vera, Brian Mathé, rejoints par Bertrand Dolci et Etienne Houlès, témoignent que oui, tout est possible! On peut vivre la tête dans les étoiles et le nez dans le guidon !

De l’Antarctique au Sahara, de la jungle amazonienne à l’Alaska, du bush australien à la chaîne Himalayenne, ils pédalent, voguent, grimpent pour découvrir les richesses du monde et la solidarité humaine. Guidés par une soif de découvertes et une faim de rencontres, aimantés par le défi, amants passionnés de la Liberté, ils embrassent la Vie.
Revenus de leur périple, ils le transcrivent dans un livre à l’écriture poétique et exigeante, magnifiquement illustré de leurs photos de voyage. Un voyage exceptionnel qu’ils partagent également dans un long métrage largement primé: la beauté du monde défile sous nos yeux émerveillés tandis qu’on s’abandonne délicieusement aux efforts heureux, aux prises de risques inouïes et à la complicité joyeuse de ces audacieux explorateurs.

C’est avec une extrême gentillesse que Siphay et Brian sont venus jusqu’à nous pour un entretien centré sur l’identité, le vivre ensemble, la motivation et, bien sûr, la force du rêve ! Un grand merci à Solidream. Solidream, mélange de solidarité et de rêve: le nom qu’ils ont choisi pour baptiser leur équipe.

Solidream : Un rêve… découvrir l’ailleurs, changer de chemin, partager

Brian et Siphay, bonjour. Vous êtes partis pendantt 3 années, entre amis, autour du monde. Est-ce que c’était, un rêve d’enfance, une fuite de notre société, une envie de prouver quelque chose, une nécessité de se démarquer, le goût de l’aventure ? Qu’est-ce que c’était ?

SOLIDREAM-Intw Parcours du Loup Blanc-Siphay Vera

Siphay : Pas mal de choses !
On est tous différents, on a tous eu des parcours différents ; notre voyage comprend un peu de tout ça. On se lance, on ne sait pas trop où on va malgré la préparation. Il y’a l’envie de partir, de découvrir ailleurs, de se faire des défis, l’envie de réaliser un rêve. On partage tout ça. Le vélo en lui-même, en tout cas moi personnellement, n’était pas un rêve d’enfant mais voyager autour du monde oui. Mes origines étrangères m’ont toujours incité à découvrir d’autres cultures.

SOLIDREAM-Intw Parcours du Loup Blanc-Brian Mathé

Brian : Ce projet, au départ, c’est un rêve initié par Morgan. C’est son rêve depuis toujours. On est copains depuis 1993, depuis qu’on a 7 et 9 ans. Morgan m’a tout le temps répété son idée de tour du monde. On y a tous rêvé quelque part.
Un jour, il est venu me voir et m’a dit « Bon, j’vais le faire. Vraiment. Et en plus je vais le faire à vélo. » Ah ? Ok, d’accord.
Personnellement, je ne savais même pas que ça existait le voyage à vélo !
Quand il nous a décrit son projet, que j’ai vu qu’il y avait un groupe de copains qui se mettaient autour de cette initiative là, j’y ai vu l’opportunité de faire quelque chose d’exceptionnel avec des amis. C’était quand même pas donné à tout le monde d’avoir un groupe de copains qui se disent « Bon, on va faire le tour du monde ! » C’est une chance extraordinaire !
Après, ce qui me faisait rêver là-dedans, c’était l’envie de découvrir l’ailleurs, changer de chemin, explorer. On avait déjà fait quelques petits voyages ensemble, j’avais pris goût à ces voyages, donc là c’était la manière le plus prononcé possible de le vivre.

PLB : Tous les deux, vous insistez sur l’envie de découvrir ailleurs, sortir des sentiers battus. Comment fait-on pour adhérer au rêve de quelqu’un ?
Siphay : De voyager sur plusieurs continents, oui c’était un rêve d’enfance pour moi aussi.
Sur le projet, Morgan s’est lancé en premier, c’est clair. Avec ses 2 ans d’écart, on l’a toujours un peu considéré comme le grand frère. Il avait plus d’expérience. C’était son rêve d’enfant, mais le tour, la boucle, c’est un projet qu’on a créé ensemble. Même si Morgan avait bien avancé dessus et que c’était à peu près cadré. Chacun a amené sa pierre à l’édifice et on l’a fait en fonction des goûts de tout le monde quand même. Je pense que l’adhésion s’est faite comme ça : du fait que ça corresponde au rêve de chacun et qu’on l’a construit ensemble. On était tous contributeur.

Amitié, détachement, liberté… et Yallah !

PLB : Qu’est-ce qui vous a vraiment motivé pour le départ ?
Brian :
Moi, ce qui m’a vraiment motivé à prendre le départ c’est avant tout ce groupe d’amis qu’on était. ça me mettait en confiance pour faire ce grand pas. Comme je le disais tout à l’heure, il y’a beaucoup de  gens qui veulent faire ce pas là et n’osent pas le faire seul. Je pense que je faisais partie de ces personnes là. C’est vraiment la confiance et l’envie donnée par le groupe d’amis qui m’a lancé sur la route. Alliées, bien sûr, à mon intérêt pour le projet. Sinon, je n’aurai même pas préparé ce projet avec les copains.
Je savais que prendre la route, se détacher de tout, prendre la liberté ensemble, ça suffisait.

Bruce Chatwin-Solidream-le vrai domicile de l-homme est la route

PLB : Tu veux dire que tu avais la confiance en toi nécessaire pour le faire et cette confiance s’appuyait sur ta confiance dans les autres ?
Brian : Voilà, c’est ça. De là à se dire, on va grimper à 5000m, traverser l’Amazonie, toutes ces choses là personne ne savait si on allait les réaliser vraiment. C’était une envie quoi ! Mais ces envies là, ces rêves, finalement –parce que se dire qu’on est capable de faire ce genre de choses, c’est un rêve- se décuplent dans la confiance avec les autres.
La confiance de base avec le groupe d’amis est énorme. On ne se sent pas seul.
Les limites de ta propre personne ne sont plus les limites de la liberté. Ensemble, la liberté augmente.

Siphay : L’identité s’élargit avec le groupe. Et donc la liberté aussi.

PLB : L’identité de chacun s’élargit avec le groupe ?
Oui. Et elle s’affirme. Comme on le dit dans le film, le plus dur est de vivre dans la promiscuité. On s’est découvert les uns les autres. Grâce à cette découverte très liée à la promiscuité on s’est découvert soi même ; Les amis agissent un peu en miroir. Quand on vit 24h sur 24, 7 jours sur 7, ensemble, c’est très dur de se cacher.
Ce qu’habituellement on aurait tendance à refouler en se disant « je prends sur moi cette fois-ci et ça va bien se passer », à un moment donné, ça ressort. C’est obligatoire.
On ne peut donc pas fonctionner comme ça.
Et les amis sont là pour nous dire ce qui ne va pas, nous permettant de nous corriger. Ça permet de se rendre compte que si on se croyait tout beau tout fort, on a aussi nos travers. On arrive mieux à les identifier en écoutant les autres.

Progresser, s’écouter les uns les autres, dire et pas dire : un équilibre à trouver pour vivre ensemble

PLB : Vous vous autorisiez à vous dire les travers que vous remarquiez chez les uns et les autres ?
S :
Je pense aussi que ça vient au fil du temps. Au début, on essaie de dire les choses, ça passe pas forcément, on essaie de pas en dire, ça marche pas non plus. On essaie plusieurs méthodes du coup.
Même si on est des amis, je considère même plus, je parlerai davantage de fraternité, on peut pas tout dire non plus parce qu’on est tout le temps ensemble. Ça peut paraître paradoxal mais on ne peut pas confier tout ce qu’on a sur le cœur, dire tout ce qu’on pense à la personne même si on sait qu’elle sait ce qu’on pense. Après, ça devient trop lourd au quotidien.
On se considère assez tolérant. La tolérance entre nous a considérablement augmenté avec ce voyage, pour aussi accepter les faiblesses des uns et des autres sans leur pointer systématiquement.

Solidream-Intw-Parcours du Loup Blanc-Brian et Siphay

©solidream

PLB : Trouver l’équilibre entre « dire » et « pas dire » ?
S : C’est ça. Ça met du temps. Parce que chaque dynamique est différente. Morgan et moi ou Brian et moi, c’est pas pareil. Et réciproquement. Il y’ a toujours une balance différente. On croyait bien se connaître entre nous., on croyait aussi bien se connaître soi même, même si on part à la quête de soi comme on l’évoquait dans les premières questions, et on en apprend beaucoup. Ce partage décuple tout, c’est clair.

B : Ce qui est intéressant, c’est qu’on en arrive à un tel niveau de connaissance l’un de l’autre qu’ on n’a même plus besoin de parler pour savoir ce que l’autre pense. Et c’est là ou ça devient très synergique ; quand c’est positif, ça génère de l’entrain dans toute l’équipe mais quand c’est plus pénible, le dire va appuyer la pénibilité. C’est là où ça devient vraiment très complexe. Mais bon, c’est une progression humaine.
Et si notre groupe d’amis a pu aller jusqu’au bout c’est parce qu’on a su gérer ces choses là. On arrive à un tel niveau de connaissance qu’on parvient à un niveau d’hyper politesse pour se demander quelque chose, par exemple. C’est assez intéressant. Parce qu’on n’a pas envie de froisser l’autre, on n’a pas envie qu’il nous croit agacé  alors qu’on ne l’est pas, parce qu’on emploie tel ton, etc.

S : Oui, on réfléchit énormément sur ça. On a beaucoup de temps pour réfléchir sur plein de choses. Et aussi sur ça. Quand on est sur notre vélo, ensemble on discute beaucoup. Mais parfois on peut pas et du coup on prend le temps de réfléchir. On cogite beaucoup !
Je voulais aussi souligner qu’avant de partir, je n’ai pas souvenir qu’on se soit une seule fois disputé. Pas « engueulé » hein, juste disputé. Evidemment on n’avait pas encore passé autant de temps ensemble, mais ça nous était arrivé de passer 1 mois sac au dos, en Europe ou pendant les vacances d’été, avec des petits budgets, sous la tente. Je n’imaginai donc pas, avant de partir –peut-être que j’étais naïf- qu’on pouvait se disputer.

B : Je n’ai pas fait le tout début du voyage. Quand j’ai rejoint Morgan et Siphay sur la route, à Valparaiso, de voir 2 amis avec qui je pensais que tout allait être tout beau tout rose, et qui s’engueulaient relativement facilement, qui n’hésitaient pas à se dire les choses, j’étais assez étonné.
Les premiers jours, les premières semaines, j’avoue qu’il m’ait passé par la tête de me dire « à quoi je me suis engagé, là ? Est-ce que au fil des mois et des années, on va pas en arriver à se tirer dans les pattes tout le temps ? »
Mais bon, en fait c’est nécessaire de relâcher la pression en se disant les choses. Et même si peut-être au départ on avait tendance à aller parfois sur le terrain de la violence (verbale, je précise) au fur et à mesure des mois on arrivait à se dire les choses pour justement ne pas glisser sur ce terrain là. C’est là ou c’est formateur.

PLB : Vous avez pris conscience que le langage a un énorme impact ?
S : (silence.) Ouais, c’est vrai.

Quand Brian est arrivé, ça faisait 8 mois qu’on était parti de France. Les 6 premiers mois, on était avec Bertrand. Et là, ça faisait 2 mois qu’on était que deux, Morgan et moi. En duo, avec des conditions vraiment rudes, sur la Carretera Australe au Chili. On était un peu à bout. Les conditions physiques étaient dures., On rencontrait peu de gens, donc on n’arrivait pas à s’évader. On était vraiment l’un sur l’autre, tout le temps trempé, et là on arrive à Valparaiso., on se pose, Brian arrive, ça remet un peu d’air dans l’équipe.
On était vraiment content de voir Brian.
Et tout de suite, du coup, on dit à Brian «  Dès que t’as un truc à nous dire, il faut que tu le sortes, sinon ça va clasher, dès que t’as un p’tit truc qui te gène il faut que tu nous le dises » On essayait de l’avertir sans lui dire, de le faire entrer dans cet état d’esprit.

B : Surtout que moi, je suis celui de l’équipe qui va avoir le plus tendance à ne pas dire.

Solidream-Yukon River- Intw Parcours du Loup Blanc

©solidream

Quelle frontière entre voyage interpersonnel et voyage intrapersonnel ?

PLB : Est-ce que vous avez découvert des traits de personnalité que vous n’auriez pas pu exprimer autrement ?
B : Je pensais par exemple, que j’étais quelqu’un qui faisait attention aux autres avant de faire une action. Et en fait je me suis rendu compte que parfois sur la route, dans certaines situations difficiles, il m’était arrivé de penser qu’à moi.  Et donc je me suis dit « ben tiens, je suis pas si altruiste que ça ».
Il ne faut pas s’encenser soi même, parce que dans les conditions limites, certains états d’esprit disparaissent.
Et comme ça me gênait, après j’ai appris à ne plus faire ça justement ! C’est dans ce sens que j’entends la fameuse phrase de Nicolas Bouvier « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait ».  Cette empreinte que nous laisse un voyage étaye notre personnalité.
PLB : Est-ce que c’est plus facile de gérer une surprise par rapport à soi ou de gérer une surprise par rapport à un autre ?
S : Comme on veut faire vivre le projet Solidream, partager cette expérience, transmettre des messages, on a édité un livre et réalisé un film. On tourne un peu dans toute la France pour projeter ce film.
Il n’y a pas très longtemps, une personne m’a posé la question : est-ce c’est la quantité de personnes rencontrées autour du monde ou le temps passé ensemble, tout le temps, qui nous a fait avancer, enrichi personnellement ?
Moi je pense que c’est vraiment le temps passé ensemble.
On est différents, de milieux différents, on passe par des états de fatigue, une sensibilité accrue, on est plus irritable, et c’est clair que le fait d’être ensemble, en équipe, nous fait avancer. Comme disait Brian, les autres sont le reflet de nous mêmes et quand nos défauts ressortent on sait qu’on doit progresser.
On est dans des conditions dures. Brian a « avoué » un point qu’il avait découvert. Moi je me considérai vraiment tolérant. Sur les autres, comment ils sont, comment ils peuvent réagir…, Et pendant le voyage, selon l’état de fatigue, mon humeur, mes envies, je me suis découvert moins tolérant que ce que je pensais. C’était une surprise que j’ai dû gérer.  Normalement, je veux aller à gauche, j’y vais. Là, c’est le groupe qui décide ; s’il veut aller à droite et que je vais à gauche, je vais emmerder tout le monde. Et j’étais intolérant.
Je suis exigeant avec moi-même, et là j’étais aussi exigeant avec les autres. Et ça va pas.

PLB : Voir ses limites, ça dit là où on peut progresser justement, non ?
B :
Oui, et surtout ça pose le problème de la remise en question. J’arrive à un état, je vois que je ne suis pas celui que je pensais, du coup qu’est-ce que je fais maintenant ?

S : C’est évidemment plus dur d’apercevoir ses propres défauts que de voir les défauts des autres. Faut se reprendre en main et on ne comprend pas pourquoi d’un seul coup on réagit comme ça. Moi, en tout cas, ça venait comme ça, Quand c’est dur, que je suis l’élément perturbateur ds le groupe, bon faut que je change. Mais en plus je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi, c’est ma nature.

L’engagement et l’appartenance comme ressort de motivation

PLB : Quand vous en êtes là, déjà vous admettez. Vous êtes conscient de votre responsabilité. Est-ce que vous êtes passé quand même par des moments où vous vous dîtes « C’est pas moi, c’est l’autre » ? On passe tous par là, non, c’est quand même plus facile de mettre sur le dos des autres ?

Rires.
B : Bien sûr ! Cela dit le groupe qu’on formait, 3 voire 4, restait prédominant.
Quand un problème par rapport à quelqu’un se présentait, un consensus s’établissait. Donc quand tu es seul face à un groupe d’amis qui te dit « faut que tu changes la manière dont tu réagis à ce moment là » ça aide et tu te dis « ok, c’est moi qu’ai tort, faut que je change d’attitude ».
Et c’était implicite que dans notre groupe, il y’ avait une micro démocratie avec une gouvernance donnée au groupe.
Dès que quelque chose se passait mal, qu’on l’identifiait par rapport à quelqu’un ou plus largement à un mode de fonctionnement de l’équipe, il fallait que ça change.  Cette force de consensus de groupe déterminait le changement, à la majorité.

PLB : Pour mettre en place la dynamique de changement, comment vous y preniez-vous ?
S : Comme on essaie de l’expliquer dans notre long métrage, c’est clair qu’il fallait qu’on ait des challenges en commun. Une fois le défi franchi on retrouve la motivation de départ.
Quand on est en Chine, par exemple, et qu’on franchit un col de 4000m, une fois arrivé en haut chacun retrouve la satisfaction. On est arrivé en haut, on sait qu’on l’a fait ensemble, qu’on l’a enduré ensemble, et ça nous sort toutes les mauvaises ondes de la tête !

PLB : Est-ce que tu veux dire que c’est cette appartenance,  la notion d’engagement par rapport au groupe, par rapport à vous mêmes, qui vous permettait de repartir ?
B : Oui, c’était probablement la plus grande force du groupe.
Dans ce voyage on a vraiment appris à se détacher du « je ».
A titre d’anecdote, une fois une amie m’a envoyée un mail en me demandant « est-ce que ça va ? etc » Et je lui ai répondu « oui, nous avons fait ceci, nous avons fait cela,,, » Et quelques jours après, quand je peux de nouveau avoir une connexion, je lis sa réponse : « mais c’est de toi, individuellement, dont je veux avoir des nouvelles. »
Finalement, ce voyage là, a transformé nos individualités au profit du groupe. C’était un peu une règle implicite dès le départ, qu’on n’a jamais dite ou écrite quelque part : celle du lâcher-prise individuel au profit du groupe. C’est le groupe qui avait tout le temps la main. Toute notre énergie était donnée pour le groupe. Et ça passait effectivement par les engagements d’aventure, de défis.

S : C’est aussi ce qui nous donnait confiance. Comme disait Brian, ce n’est pas moi personnellement qui réalise la montée d’un col à 5000m tout seul. C’est nous. C’est pour ça qu’on est tout le temps dans cette nouvelle identité – le « on », le « nous »- et cette appartenance nous permet de nous dépasser. On vit dans le partage.

Solidream-Parcours du Loup Blanc-Brian&Siphay

©solidream

Connaissance de soi, ouverture et qualité de la rencontre : savoir s’accueillir soi pour accueillir l’autre

PLB : Pensez vous que, pour que votre « nous » soit si fort, il faut que votre « je » soit suffisamment défini afin qu’il ne se sente pas menacé ou qu’il ne se délite pas ?

B : Ce passage du « je » au « nous » n’est pas systématiquement conscient. Et ce « nous » est celui de notre groupe. Il se nourrit de nos identités individuelles. Avec un autre groupe, il aurait été autre. D’ailleurs, chaque fois qu’il y avait un changement dans l’équipe (un départ ou une arrivée), il y avait inévitablement une nouvelle dynamique qui se mettait en place. Avec toujours une adhésion au principe du groupe prioritaire, mais la prise en compte des richesses de chacun.

S : Du coup, quand chacun émet une idée, une proposition, si le groupe l’adopte cela devient une opportunité. Par exemple, quand on s’égare en Cardamome, au Cambodge, dans la jungle, ben ouais c’est dur mais on s’amuse bien en fait. On était d’accord pour essayer ce chemin alors on le voit comme une opportunité. On va pas dire à Brian « Oh, c’est quoi ton plan pourri ? » Personne ne sait que ça va pas marcher. On est tous d’accord pour essayer. Ça marche pas, ça marche pas. Même si on doit rebrousser chemin au bout de 2 jours, nous ce qu’on voit c’est qu’on s’est tous bien amusé.
Après, il y’ a aussi les temps de pause où chacun retrouve son indépendance, les temps où on est invité chez des gens plusieurs jours et qu’on peut laisser les vélos dans un endroit sûr, parce que ça aussi ça nous pesait de toujours devoir avoir un œil sur nos vélos.

PLB : Pensez-vous que la conscience de soi et la connaissance de soi signe la qualité d’une rencontre ?

B : Dans la mesure où une rencontre est un échange, il faut savoir ce qu’on a à apporter à l’autre. Donc la connaissance de soi fait effectivement la richesse de l’échange. L’une est incluse dans l’autre.

S : On s’est prouvé nous même qu’on est capable de plein de choses. Donc le « je » fait partie de ça. Même si c’est au sein de l’équipe, on sait qu’on fait partie de cette équipe avec nos différences quand même. En ce sens, « l’effet groupe », le vivre ensemble n’annule pas la conscience de soi.
Pour revenir au voyage, et comment on pouvait reprendre confiance dans ces « je », je pense que c’est aussi très lié aux rencontres privées qu’on a vécu individuellement durant le voyage. Quand on se posait, quand on a rencontré des femmes, c’est vrai que là on retrouvait un peu notre liberté. On était nous-mêmes, on ne pouvait être que naturel dans ces rencontres. Je pense que ça, ça nous a aidé chacun. Ça nous forçait à être indépendant les uns des autres et on se retrouvait après.
On n’avait pas forcément besoin de réalimenter ce « je » mais je pense que c’était un +

Solidream-Parcours du Loup Blanc- Outback australien

©solidream

PLB : On sent que l’équilibre de l’équipe est très important. Votre équipe change régulièrement avec des arrivées, des départs. Il vous fallait à chaque fois remodeler cet équilibre, trouver une autre harmonie ?

B : Oui, par exemple, quand Etienne est arrivé, ça a fait vraiment du bien, ça a mis une nouvelle dynamique. On avait appréhendé cette dynamique en se disant « tiens, qu’est-ce que ça va faire d’être à 4 ? ». On avait un peu peur que ça tue quelques rencontres impromptues par ex., Et en fait, non. Ça n’a rien changé à ce niveau là, et au contraire ça a amené peut-être un peu plus de stabilité dans le groupe.

S :  Lui, il a apporté toute sa gaieté. Il y avait encore plus de déconnade dans le groupe !
Donc ça, ça nous a aidé, même dans les rencontres. Voilà, quelqu’un nous voit et il y’ a toujours une bonne ambiance entre nous, encore plus qu’avant ! La bonne humeur facilite l’accès !

Rire, partager, parler : communiquer est humain et ça fait du bien de communiquer en vrai !

PLB : Rire, ça compte ? Et entre vous, et pour le contact avec les autres ?
B : Oui, l’humour permet de relativiser tout ce qui est sérieux, de s’échapper de tout ce qui est « travail », c’est à dire soit pédaler ensemble, écrire, filmer… L’humour permet de changer de dimension.
S : C’est clair que dès qu’il y’ avait quelqu’un de différent, une nouvelle personne, un qui part, un qui revient, la dynamique est différente. Tout ce qu’il apporte ou a apporté est particulier. Donc il faut à chaque fois retrouver un nouvel équilibre.

PLB : Vous étiez donc sans arrêt ouvert et accueillant à la surprise, à la nouveauté ? Autant à votre « pluriel » individuel qu’au pluriel des autres ?
B : Oui, je crois que c’est vrai cette ouverture. Dès qu’on arrivait chez les gens, on était vraiment très à l’écoute. Et on a été surpris de ce qu’ils nous renvoyaient, même assez rapidement parfois. Par ex, au bout d’une soirée, des gens nous parlaient de choses assez intimes alors qu’on était un groupe de gars qui passait là pour la soirée ou pour 2 jours.

PLB : Dans notre monde hyperconnecté, le contact interculturel est partout. Votre immersion multiculturelle, longue, sans retour en France pendant 3 ans, vous a-t-elle permis d’aller au-delà du contact, vers une rencontre plus vraie avec l’Autre ?
B : Le monde d’aujourd’hui est très interconnecté, mais par l’information. Je n’ai pas l’impression qu’il connecte tant que ça l’humain. Est-ce que des bits et des électrons c’est humain ? Ce que nous avons vécu sur la route, sans GPS, sans téléphone, connecté par internet juste de temps en temps pour donner des nouvelles, est essentiellement humain. Hormis les petits temps de connexions, on était avec les hommes en fait. On était entre nous, et sur la route avec des gens qui nous parlaient.
J’ai fait beaucoup plus de connexions humaines sur ce voyage là, que depuis que je suis rentré avec tous les gens sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs pour ça que ce qui nous intéresse, c’est de faire des évènements locaux pour montrer le film et inciter de vraies connexions humaines; en salles ou lors d’évènements, parler avec les gens.

Les différences ? une richesse inconsidérable à considérer d’urgence !

PLB : Vous êtes vous pris en flagrant délit de jugements ethnocentrés face à certaines différences ?
B : C’est arrivé. Il semble que l’éducation occidentale nous encourage tout le temps à faire des catégories, du catalogage, à parler des choses, et donc des peuples, en statistiques. Mais ce penchant à essayer de déceler des règles générales est sans cesse réfuté par la route.
Nous sommes tous différents et le terrain, la route quoi, démontrent par les faits la richesse de la diversité humaine. Les différences sont la valeur ajoutée du voyage.

PLB : Lors de votre périple, Solidream, vous avez choisi de rester ouvert aux initiatives d’ l’accueil des uns et des autres pendant 3 années. Pas facile cet abandon ! Cela demande de savoir donner d’une part, et de savoir recevoir aussi. Quel est le plus compliqué ? Donner ou recevoir ?
S :
ça vient petit à petit. On part de chez soi, on espère rencontrer des gens.
Au départ, oui, on a peur de recevoir. On rencontre quelqu’un qui nous invite à diner, on sait pas trop si on peut accepter, on a peur de déranger, on dit qu’on a notre nourriture, on vient avec, et là la personne nous sert ses meilleurs plats. On est surpris !
Oui, on a peur de recevoir, je pense. On a des préjugés, on s’imagine que la personne attend quelque chose en retour, et en fait non !
On s’aperçoit que la générosité, c’est naturel, c’est humain. Plus on avance, plus on reçoit ça. Donc on commence à apprendre à recevoir.
Nous on donnait, mais sans savoir exactement quoi et comment. Oui, on met en confiance les gens ; c’est sûrement pour ça qu’ ils nous dévoilent leurs secrets, intimes, de couple, des choses comme ça. On peut être un peu ahuris de ça, gênés même. On sait pas trop d’où ça vient.
Je pense que ça se passe comme ça parce qu’on apportait de la gaieté, de la générosité, de la confiance, du rêve, tout ce qui n’est pas matériel, et qui est positif. On l’apportait à nous 3, chacun différemment, et différemment selon les personnes qu’on avait en face.
Et au fil du temps, ça nous tombe tout le temps dessus. . Edgar Morin dit « c’est parce que le sujet porte l’altérité en lui même qu’il peut communiquer avec autrui ». C’est ce qu’on a expérimenté.
Alors on apprend, on sait mieux recevoir. Et on déclenche, aussi, au fur et à mesure. Certainement, des personnes croisées qui ont été très généreuses avec nous, si on avait croisé ces mêmes personnes au début du voyage, on n’aurait pas déclenché cette extrême générosité qu’ils nous ont montré, cette gaieté qu’ils ont eu de nous offrir quelque chose, cette joie de se sentir dans l’humain.

PLB : Du fait que vous lâchiez plus, vous provoquez une qualité de la rencontre ? Il y’a une progression ?
S : Sur le coup, on ne s’aperçoit pas vraiment de cette progression. Mais oui.
B : Dans ce qu’on écrit, dans le film aussi, on dit régulièrement ce message de solidarité : « Vas au bout de ton rêve, et tu vas voir, sur la route il y’ a plein de gens qui vont t’aider ». C’est ce qu’on croit et ce qu’on a expérimenté.
Maintenant, c’est vrai que cet accueil de la solidarité des uns et des autres n’est pas forcément évident au départ. On apprend à mieux l’accepter. On est tout le temps surpris. Même à la fin, on est surpris. Mais, au fil du temps on arrive à mieux répondre à cette solidarité.

PLB : Et cette solidarité s’exprime à travers le monde entier ?
B : De notre expérience, c’est une chose qui n’est pas liée à la culture.
S : Oui, la solidarité n’est pas culturelle. C’est humain. C’est instinctif. Maintenant, il y’ a des évolutions culturelles qui compliquent l’expression de cette solidarité. C’est vrai qu’en France, en Occident, ça peut être plus difficile de déclencher cette solidarité. Mais elle existe.
B : C’est à dire qu’en France, ou à proximité, les gens sont connectés aux médias, regardent les infos. Ils ont plus facilement peur de l’inconnu. Cette générosité existe mais elle change de forme. Les gens veulent être généreux mais n’osent pas forcément le dire aux gars qui passent dans la rue sur leurs vélos ! Ils ne sauront pas à qui ils s’adressent alors que c’est important pour eux.
Ce problème là, par exemple en Asie Centrale, est nettement moins présent ; les gens n’y perçoivent pas l’inconnu comme une source de problèmes mais comme une source d’épanouissement et de joie.
S : D’enrichissement.

PLB : Ce sont des sociétés plus habituées à accueillir, à vivre ensemble ?
B : Déjà, ce sont des gens qui tout simplement n’ont pas de barrières entre leurs maisons, qui vivent à l’échelle d’un village, dans une dimension humaine. Et cette dimension humaine physique, ils la gardent aussi au figuré. Quand un humain passe, ils sont humains ! ☺ …

La suite de notre entretien ICI >>

Brian et Siphay nous parlent des défis, de la nécessité d’oser, de la liberté, du sens qu’ils veulent donner à leurs vies en réalisant leurs rêves, de la confiance nécessaire à la prise de risque, de leur nouveau projet et plus encore….

 

Solidream-le-gout-de-l-aventure-et-force-du-reve



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Propos recueillis par Laure de Balincourt et Prise de vue / son par Léa Mignonat.

 

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